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Producteur, Issy-les-Moulineaux : France 5, 2003
Journaliste, Martichoux Elisabeth
2003
Pierre Miquel : Le 11 novembre"Chaque clairon, chaque trompette de cavalerie doit sonner la fin des combats à 11h précises." Les Allemands ont demandé l'Armistice, mais il faut négocier. Car pour un soldat français, il y a un Britannique, un Américain, un Italien, parfois un Polonais ou un Tchèque. C'est une armée internationale qui a battu les Allemands. Le président des USA, Wilson, veut aller jusqu'à Berlin "car il veut en finir une fois pour toutes avec le régime impérial allemand".Au début les Anglais sont de son avis, mais Clémenceau refuse : "a-t-on le droit de faire tuer un homme de plus, alors qu'on les tient ?"Pourtant on se méfie des Allemands et une offensive est lancée dans la Meuse au matin du 11 novembre ! A quelques heures de l'Armistice, des soldats franchissent la Meuse avec, devant eux, les troupes d'élite allemandes. Il y aura encore 80 à 100 morts ce matin-là lors d'une ultime bataille : "on voulait prendre un gage au cas où les Allemands ne signeraient pas. On imagine la tristesse des familles de ces morts-là !"Dans le pays, la joie est énorme. Mais sur le front les soldats n'y croient pas, même s'ils ont entendu le clairon sonner : ils regardent les lignes adverses et ne voient rien. Puis bientôt les Allemands sortent la tête eux aussi, mais ils ne tirent pas. "Il n'y a pas eu de fraternisation. Les soldats se sont regardés en hommes. Et s'en est suivi une grande dépression, comme après une forte émotion. Puis, ce fut la joie quand ils ont compris que c'était vraiment fini !"Le retour est particulièrement difficile pour ceux qu'on appellera "les gueules cassées" : ils ont le visage déformé, parfois plus de maxillaires. Il faudra une chirurgie lente, très spécifique. "Il faut savoir que ces hommes ont souvent épousé leur infirmière. Et que même les aveugles ont trouvé des épouses." On comptera plus d'un million de blessés côté français dont beaucoup ne survivront pas. "A Verdun, un ambulancier m'a raconté avoir vu à la porte des hôpitaux des tas de bras et de jambes, rongés par les rats."Que retenir du 11 novembre ? "Que l'histoire continue, qu'on croit avoir vécu un point d'orgue, que l'horreur a été telle que çà ne pourra pas recommencer. Alors, il faut tout faire pour que, lorsqu'on est dans un système de paix, il ne se détraque pour devenir un système de guerre."